Comparaison de la politique extérieure entre l'Égypte et Israël


Les grandes civilisations de l’antiquité ont eu à leur tour une période de domination.  Lorsqu’une civilisation  prenait plus de place que les autres civilisations ou qu’elle était en position d’infériorité, il était normal que leur politique changeait.  En effet, leur politique extérieure n’était pas du tout la même, puisqu’elle était influencée par leur position de domination ou de dominée.  Dans ce travail, l’accent sera mis bien sûr sur la politique extérieure d’abord, mais aussi sur deux civilisations soit celle de l’Égypte et celle d’Israël.  Nous verrons pour ce qui concerne leur politique extérieure les différences entre ces deux civilisations, en ce qui a trait à leur relation avec les pays étrangers et leur réaction face à la menace.

 

Les relations internationales de l’Égypte:

            L’Égypte vit une situation particulière, parce qu’elle est entourée par le désert et cela affecte incontestablement sa dynamique internationale.  Néanmoins, cela ne la pas empêchée d’avoir des contacts avec quelques populations.  Dont sa relation privilégiée avec la Nubie et aussi d’autres avec les provinces d’Asie. Ces relations nous montrent que ce pays est avant tout fermé et qu’elle entretient ses contacts dans un but purement économique.

 

            Tout d’abord sa relation avec la Nubie est très étroite.  Ce pays était le plus accessible pour l’Égypte.  Il est difficile de concevoir les responsabilités des actions pharaoniques du début de l’Ancien Empire, à cause du manque de source; mais les objectifs pour aller en Nubie sont assez précis, c’est-à-dire faire une razzia d’hommes et de bétail, un approvisionnement en cuivre et en blocs de diorite.  La frontière entre les deux pays se situe à la première cataracte, où sur l’île d’Éléphantine il y a depuis déjà fort longtemps un marché entre ces deux peuples.  On y échange des produits égyptiens contre des produits nubiens et parfois même de provenance plus méridionale.  Pendant la VIe dynastie les rapports avec la Nubie évoluent, effectivement les Égyptiens vont jusqu’à la deuxième cataracte pour trouver les pierres nécessaires à leur construction. Les rapports avec la population durent être harmonieux, car ils traitaient avec les gouverneurs de ces régions.  Le plus important dans les rapports avec la Nubie, c’est que même si l’Égypte a des prétentions dans cette contré elle ne conteste jamais la légitimité du pouvoir autochtone.

 

            Au Moyen Empire, la situation n’est plus du tout la même.  Il y a maintenant quelques forts qui contrôlent la région, parce que l’Égypte est fortement intéressée par les mines d’or du désert oriental nubien.  C’est les puissants monarques de la XIIe dynastie qui réussissent à rendre accessible la partie septentrionale à la civilisation égyptienne.  Sésostris Ier veut probablement s’assurer les fameuses mines d’or, pour vouloir soumettre la faible population nubienne.  La frontière de l’Égypte se trouve maintenant plus au sud, mais il semble que ce nouveau territoire ne soit pas occupé physiquement par les Égyptiens.  Puis pendant la période trouble des Hyksos la Nubie est de nouveau perdue, car on doit encore se battre tout près de la frontière égyptienne.

 

            Pendant le Nouvel Empire, Touhtmosis Ier et son prédécesseur vont conquérir jusqu’à 600 km au sud d’Assouan, jusqu’à la ville de Napata.  Pendant environ un demi-millénaire cette possession reste en Égypte, il y a seulement quelques escarmouches avec des bédouins dans le territoire nubien.  Elle n’est jamais complètement intégrée à l’empire égyptien, c’est-à-dire qu’elle est toujours administrée par des vice-rois qui portent le titre de fils royal de Nubie et directeur des pays du sud.  Les princes indigènes participent facilement à la gestion de leur pays.  Grâce à l’influence de l’Égypte, ce pays acquiert un certain degré de civilisation, surtout pour ce pays infertile et peu propice à se développer.  Tout au long de leur contact, les Égyptiens gardent un contact étroit avec les Nubiens.

 

            Déjà depuis la Ve dynastie, l’Égypte possède des intérêts en Syrie et en Palestine.  Bien qu’elle ne possède pas de territoire, il y a des expéditions dans ces territoires.  Pendant la XIIe dynastie, des ambassadeurs égyptiens sont envoyés fréquemment en Syrie et en Palestine, probablement pour des raisons commerciales.  Mais c’est seulement au début de la XVIIIe dynastie que les Égyptiens s’emparent d’une partie de la Syrie et de la Palestine.  On laisse les structures en place pour gérer ces nouvelles provinces.  Ce qui tend à montrer que cette partie de territoire n’est pas aussi bien intégrée que la Nubie.  D’ailleurs les provinces d’Asie n’ont jamais de caractère définitif et ne sont pas aussi bien administrées.

 

Les relations internationales d’Israël:

            La situation d’Israël est loin de ressembler à celle de l’Égypte.  Tout d’abord son territoire n’est pas isolé dans le désert et c’est en plus justement un endroit très mouvementé, tout au long de son histoire.  Ses relations avec divers pays sont beaucoup plus diversifiées et complexes, comme on le verra.

 

            Pendant la période des Juges, Israël est entouré de menace.  Il a eu maille à partir entre autres contre Madian, les Philistins, les Ammonites.  Ces relations sont plutôt tendues avec les voisins ce qui est très difficile a gérer.  Plus tard quand vient le temps de la monarchie, celle de Saül, il compte toujours des adversaires.  Leur plus important antagoniste reste cependant les Philistins et il devra les combattre toute sa vie.  C’est d’ailleurs contre eux qu’il perdra la vie.  Mais il est arrivé au bon moment, car les Philistins dominaient la région et il réussit à les repousser des territoires israéliens. Mais sa crédibilité atteint son paroxysme lorsqu’il doit se battre contre les ammonites et défendre les gens de Jabesh  qui sont dans une situation désespérée. Ce sera sa deuxième grande victoire après celle contre les Philistins peu de temps auparavant. 

 

            Pendant le règne de David, les choses se passent un peu différemment, puisque les Philistins ne réagissent pas à la fondation de la royauté judéenne.  Les Philistins considèrent même cet État comme une extension de la leur, probablement à cause de David qui a servi sous les ordres d’Akish roi philistin.  Il va sans dire que les relations au début entre les deux ne sont pas les mêmes qu’avec Saül.  Mais contre toute attente David va affirmer plusieurs fois sa fidélité et son respect à Saül, cela a son importance puisqu’il y a un impact considérable avec ses voisins.  En effet, les Philistins en apprenant la nouvelle réagissent fortement et veulent se battre contre les Israéliens, mais ils sont vaincus. Cela nous montre que ce territoire est toujours depuis le début obligé d’avoir une politique extérieure agressive à cause des tensions dans la région.  D’ailleurs sa politique s’explique en trois points.  La première est qu’il applique une politique de containment contre les Philistins qui ont longtemps été en guerre contre Israël.  La deuxième consiste à une expansion du territoire israélien.  En effet, le règne de David s’approprie plus de territoire au alentour, ce qui ne manque pas de mettre encore plus de tension dans la région.  La troisième est importante dans le sens où ce n’est pas juste une politique extérieure de guerre mais aussi de la diplomatie.  Il existe une relation avec les villes de Sidon et de Tyr qui est plus une relation commerciale, en effet David se procure du cèdre chez les Phéniciens.   Enfin, ses relations se sont même étendues avec les Araméens avec qui il s’est battu à cause d’un différent pour une ville.  La situation environnante donne l’avantage aux Israéliens, mais ce n’est pas comme en Égypte où eux peuvent profiter d’une certaine hégémonie de leur pouvoir, avec aucun voisins proches de taille.

 

            Avec le règne de Salomon, les relations prennent une tournure complètement différente.  La relation par exemple entre l’Égypte est cordiale et elle est scellée par le mariage d’une princesse égyptienne avec Salomon.  Cette relation avec l’Égypte est surtout pour pouvoir bénéficier des scribes. Tout comme il s’adresse aux Phéniciens pour ses constructions, notamment le Temple.  C’est pourquoi il y a beaucoup d’échanges sous le règne de Salomon, au contraire des tensions qui occupent tout le temps de son père David.  Israël, avec cette politique extérieure primant sur les échanges commerciaux, devient un pays très prospère.  La relation avec les Phéniciens est très importante, car c’est grâce à cette relation que le commerce d’Israël prospère. En effet, l’expertise des Phéniciens dans le domaine du commerce est montrée aux Israéliens et en échange le passage de la mer Rouge est assuré. 

 

            La situation est de moins en moins favorable après le règne de Salomon, puisque le déclin d’Israël commence à partir de ce moment, déjà que le royaume est maintenant divisé en deux parties.  Nul doute que les rois ne peuvent plus jouir d’une politique de supériorité vis-à-vis les voisins.  La Syrie va profiter de leurs faiblesses pour s’emparer de quelques cités.  Pour résister contre l’Assyrie, une grande coalition se prépare dans cette région, mais le roi de Juda s’y refuse.  Enfin en 732 le royaume d’Israël est démembré et perd trois provinces.  Après la déportation du roi par les Assyriens, le nouveau roi Achaz poursuit une politique pro-assyrienne.  Ce qui est un dénouement tout nouveau dans le décor, puisque depuis les débuts Israël n’avait jamais accepté une politique de dominée envers un pays étranger. 

 

            Enfin, le pays tombera complètement, lors de l'arrivé Nabuchodonosor roi de Babylone qui mettra pour ainsi dire fin à toutes décisions politiques de la part des Israéliens.  Il déportera de nombreuses personnes dont les membres influents chez les gens d’Israël ce qui le laisse sans vraiment de véritable pouvoir.  On peut donc voir que la situation diffère complètement de l’Égypte.  Si l’on compare les deux pays, l’Égypte a une politique extérieure beaucoup plus active qui est surtout centrée sur les préoccupations commerciales, puisque les matières premières comme le bois sont plutôt rare.  De l’autre côté, Israël doit pendant la période monarchique et un peu avant continuellement traiter avec ses voisins qu’ils soient ennemis ou amis.  Sa politique extérieure est surtout concentrée dans un effort de guerre pour au début se protéger des voisins, puis par la suite agrandir son territoire pour enfin retourner dans des préoccupations de défense.

 

Réactions égyptiennes face à la menace:

            Du début de son histoire à la fin de l’Ancien Empire, l’Égypte n’a jamais vraiment été menacée par des envahisseurs potentiels, à part les habitants-du-sable.  Dans les régions qui sont proches de l’Égypte, on la considère toujours comme supérieure.  Parfois quelques expéditions se font attaquer près de la mer Rouge, mais on envoie un commando pour venger cet affront.  Il est donc compréhensible que les Égyptiens n’est pas de besoin d’un potentiel militaire lourd qui serait de toute façon une charge supplémentaire pour l’État, car le pays n’est pas menacé.

 

            Mais ce contexte change déjà avec la Première Période Intermédiaire.  En effet, le Delta est envahi et en plus il y a beaucoup de guerres civiles.  Pour palier aux problèmes, on met sur pied une armée permanente et on renforce les milices locales.  Pendant la Deuxième Période Intermédiaire, on se rend compte que la défense du territoire est inefficace, c’est pourquoi on pense à faire une défense à l’échelle internationale.  La nouvelle idéologie militaire pour faire face à la menace consiste à se doter d’une armée puissante pour réussir une telle défense et ensuite de la maintenir ou dans augmenter le potentiel si un adversaire plus puissant se présente. 

 

            Les enjeux sont de nouveau complètement changés lorsqu’on arrive au temps de la XIXe et XXe dynastie.  L’Égypte doit faire face maintenant à un ennemi plus déterminé que jamais, c’est-à-dire les Libyens et les Peuples de la mer.  Ces deux nouveaux ennemis ont déjà rayé de la carte de nombreux États et les Libyens s’apprêtent à prendre les deux tiers du Delta.  La défense nationale est donc maintenant rendue une question de vie ou de mort et l’Égypte a du réagir promptement devant la menace.  On peut voir que les réactions de l’Égypte dans le temps se sont complètement modifiées pour intervenir adéquatement selon les risques du moment.

 

Réactions israéliennes face à la menace:

            Les réactions israéliennes sont un peu plus chaotiques que celles des Égyptiens.  En effet, on ne peu espérer une aussi grande tranquillité dans le royaume d’Israël, puisque cette région n’est pas dominée aussi explicitement que l’autre et est très tumultueux.  Leur cheminement est aussi assez différent et débute avec le choix de devenir une monarchie.  Il ne faut surtout pas oublier que ce pays a été plus attaqué que le contraire, ce qui signifie des réactions différentes.  Ici, la monarchie apparaît justement dans le but de se regrouper pour mieux se défendre contre les ennemis.  D’ailleurs, les rois se présentent tout d’abord comme des chefs militaires, ce qui montre l’importance qu’on accorde à la défense, à cette époque.

 

            On ne peut pas présenter de logique dans l’évolution des réactions d’Israël face à l’ennemi comme l’Égypte, car il n’y en a pas vraiment.  On parle plutôt dans leur cas de réactions instinctives, puisque les décisions sont prises sous de constantes pressions d’agression.  Au début de la monarchie, l’armée est plutôt composée uniquement de miliciens, pour rapidement se transformer en une armée permanente.  Le nombre de soldats est influencé par la situation qui l’entoure.  Le pays est même séparé en deux après le règne de Salomon ce qui montre une certaine anarchie et non pas une unité suffisante pour développer un système qui permet des ambitions d’envergures comme celles des Égyptiens.

 

            Deux pays complètement opposés dans leur histoire concernant leur politique extérieure, la comparaison ne s’en fait que plus facilement.  Dans une perspective de domination frappante dans son territoire immédiat et les régions proches, tout en étant fermée dans leur frontière; l’Égypte a des relations internationales plutôt limitées et se décide tardivement dans son histoire a se doter d’une armée pouvant réussir leur projet d’expansion.  Tandis que Israël dans un contexte d’un territoire de carrefour et d’une situation très délicate avec ses voisins immédiats pense et agit différemment. Il se concentre sur une relation internationale plus élaborée que l’Égypte et plus diversifiée.  Il se dote aussi d’une armée surtout capable de repousser l’envahisseur et prenant une certaine expansion, lorsque les voisins sont dans une période creuse.  On peut donc voir l’énorme différence entre les deux pays.  D’ailleurs les situations de politique extérieure montrent bien que la civilisation égyptienne a pu grâce à sa situation couvrir une période d’autonomie bien plus grande que celle d’Israël.