Ressemblances et différences : La démocratie Athénienne et la Rébublique Romaine

Par Yves Pepin

INTRODUCTION

En 508, un Athénien nommé Clisthène réforma le système politique de la cité pour mettre en place la démocratie et c’est en 509 que fut formée la République romaine. Les deux évoluèrent avec le temps. Une question se pose : quelles ressemblances y a-t-il entre la République romaine vers le IIIe siècle av. J.C. et la démocratie athénienne au Ve siècle avant notre ère. Cette question sera répondue à l’aide de la citoyenneté et des institutions politiques de ces deux démocraties.

LA CITOYENNETÉ

Pour débuter, il faut savoir qui dans la démocratie athénienne et dans la République romaine avait le droit de participer à la vie politique de la cité. C’était les citoyens. Cependant, cette notion différait un peu dans les deux cas. En ce qui a trait à la cité-état d’Athènes, la population se divisait en trois groupes distincts : les citoyens, les métèques et les esclaves. Au Ve siècle av. J.C., il y avait 40 000 citoyens sur une population de 600 000 habitants. Pour en faire partie, il y avait certaines conditions à remplir. Tout d’abord, il fallait être un homme. "À Athènes jusqu’en 451, pour qu’un homme soit réputé athénien il suffit que son père le soit"1. Cependant, après une réforme de Périclès, il fallait que les deux parents soient Athéniens. Il fallait aussi que le père reconnaisse l’enfant. Cependant, "naître citoyen ne suffit pas"2. Vers l’âge de 18 ans, les jeunes devaient faire une éducation militaire de deux ans que l’on appelait l’éphébie. Ce n’était seulement qu’après qu’il pouvait le devenir. Laa femme dans cette société n’avait donc presque aucun droit. Pour ce qui était des métèques, c’était des grecs étrangers qui résidaient à Athènes. Ils étaient souvent des commerçants. Ils pouvaient devenir citoyens grâce à un vote de l’ecclésia après avoir rendu service à la cité. Les esclaves n’étaient que du bétail humain.

Pour ce qui était de la République romaine, celle-ci était moins refermées sur la citoyenneté qu’Athènes. Il y avait deux classes de gens à Rome : les citoyens et les esclaves. Cependant, on pouvait y ajouter une classe intermédiaire qui était les affranchis. Leurs enfants avaient la chance contrairement à ceux d’Athènes de pouvoir devenir citoyens. Les citoyens de Rome avaient quatre droits. Le premier était de se marier avec un autre Romain ou Romaine. Le second était le droit de propriété. Ensuite, il y avait le droit de vote et celui de participer à la vie politique. Le dernier était le droit d’un citoyen qui était accusé par un magistrat d’être jugé devant une assemblée, un peu comme l’héliée à Athènes. Un fait qui n’existait pas à Athènes était qu’il y avait plusieurs types de citoyens. Il y avait les citoyens de droits inférieurs, qui eux n’avaient pas de droits politiques. Avec le temps, Rome étendit la citoyenneté aux populations soumises de l’Italie. Les gens n’avaient plus besoin d’habiter la cité pour être citoyen. Cependant, les droits des citoyens variaient selon les régions de l’Empire.

LES ASSEMBLÉES

Dans la cité d’Athènes au siècle de Périclès, l’assemblée des citoyens se nommait l’ecclésia. C’était une réunion de tous les citoyens inscrits sur les registres des dèmes. Elle avait lieu du levé au coucher du soleil. La priorité de parole était donnée aux citoyens de plus de 50 ans. Cette assemblée votait et amendait les lois. Elle s’occupait de la politique extérieure, des finances et élisait les magistrats. Elle pouvait aussi octroyer ou enlever à l’aide de l’ostracisme la citoyenneté des gens susceptibles d’être une menace pour la démocratie. C’était aussi la partie de la démocratie qui pouvait être le plus influencée par les démagogues. Le vote se faisait en fin de journée et n’avait besoin que de la majorité simple.

Pour ce qui était de la République romaine, l’assemblée fonctionnait de façon différente. Elle était divisée en trois : les comices curiates, les comices centuriates et les comices tributes ou assemblées de la plèbe. Tout d’abord, les comices curiates s’occupaient de religion et votaient pour les magistrats supérieurs, les consuls et les préteurs. Elles se composaient de 30 licteurs qui se rassemblaient pour prendre des décisions. Le second type d’assemblée était les comices centuriates. "Les comices centuriates étaient l’assemblée du peuple en arme"3. Les citoyens étaient rassemblés selon les listes censitaires divisées en cinq classes. Cette assemblée prenait des décisions militaires. De plus, elle votait les lois, élisait les magistrats supérieurs, avait un pouvoir judiciaire et avait le droit de déclarer la guerre. La plèbe était cependant défavorisée dans ces votes. C’était l’assemblée romaine qui ressemblait le plus à l’ecclésia, surtout au niveau militaire et de l’élection des magistratures. Par la suite, il y avait les comices tributes ou assemblées de la plèbe. Ces comices étaient présidées par un magistrat supérieur. Elles avaient pour fonction d’élire les magistrats de la plèbe, les tribuns, les édiles de la plèbe et les magistrats inférieurs. C’était aussi cette assemblée qui votait les plébiscites. Les gens étaient répartis par tribus. La grande différence entre l’ecclésia et toutes les comices était que dans le système romain, il y avait des inégalités flagrantes entre les citoyens. La plèbe était défavorisée.

LES MAGISTRATURES

Une autre institution de la démocratie athénienne était les magistratures. Il y avait 700 magistrats tirés au sort ou élus et leur mandat était d’un an. Ils avaient un rôle délimité dans certains secteurs de la gestion de la cité. Ils agissaient de façon collégiale et devaient rendre des comptes financiers et moraux. Un type de magistrature était les archontes. Ceux-ci étaient au nombre de dix et étaient tirés au sort. Il y en avait un par tribu et ils provenaient des trois premières classes. Leur mandat était d’un an. Les archontes devaient organiser toutes les fêtes de la cité, ils présidaient les tribunaux et devaient protéger les orphelins mineurs et les filles épiclères. Ils devaient aussi protéger et surveiller les affranchis, les métèques et les étrangers. Un autre type de magistrature était les stratèges. Ils étaient 10 élus pour un an. Ils étaient rééligibles. Les stratèges avaient le commandement de l’armée, ils négociaient les trêves et étaient tenus responsables des échecs militaires. Ils devaient souvent rendre des comptes à la boulè et à l’ecclésia. Le plus connu d’entre eux était Périclès.

En ce qui a trait à la République romaine, les magistratures étaient surtout divisées selon les classes de l’époque. Il y avait d’abord les magistratures inférieures qui se divisaient en deux : la questure et l’édilité. Les questeurs étaient élus par les comices tributes. C’était un collège au nombre varié. Il y en avait deux à sa création et dix au début du IIe siècle. C’était des magistrats financiers. Ce rôle était joué par les archontes à Athènes. Pour ce qui était de l’édilité, il y avait les édiles de la plèbe et les édiles curules. Ils avaient un rôle d’entretient de la cité. Ils fonctionnaient aussi par collège. On peu donc dire en grande partie que les magistrats inférieurs et les archontes avaient un rôle assez semblable, celui du maintien de la cité. Cette fonction était aussi assumée en partie par l’ecclésia.

Il y avait aussi dans la République les magistrats supérieurs. Les consuls possédaient l’imperium (droit de diriger). C’était les chefs de l’armée. Cependant, leur pouvoir militaire cessait à l’entrée de Rome. On peut y voir ici une ressemblance avec les stratèges athéniens. Ils étaient "élus tous les ans au nombre de deux par les comices centuriates, les consuls sont véritablement les chefs du pouvoir exécutif à Rome"4. Ils agissaient de façon collégiale. Ils avaient un pouvoir financier, de police générale et de politique extérieure. Ils n’agissaient qu’avec l’accord du sénat. Les préteurs tant qu’à eux avaient un pouvoir judiciaire, ils étaient commandants des expéditions militaires et pouvaient être gouverneur de province. Cette magistrature était un mélange des archontes par le pouvoir judiciaire et des stratèges par le pouvoir militaire.

Rome avait quelque chose de différent d’Athènes : les magistratures exceptionnelles. Il y avait tout d’abord la censure. C’était la plus élevée des magistratures. Les censeurs étaient élus tous les cinq ans et leur mandat durait 18 mois. Leur élection se faisait par les comices centuriates. Ils avaient un pouvoir absolu, ils faisaient le recensement des personnes et des fortunes et ils dressaient une liste des sénateurs. C’était eux qui faisaient le bilan moral des sénateurs et vérifiaient les comptes. Il y avait ensuite la dictature. On accordait à un homme la totalité des pouvoirs en présence de troubles. Ils ne pouvaient disposer du trésor à son gré et devaient abdiquer après six mois.

Pour le petit peuple romain, il y avait les magistratures de la plèbe. Ceci incluait les tribuns de la plèbe. Ils avaient un droit d’assistance pour la plèbe face aux magistrats. Ils ne pouvaient pas quitter Rome et c’était eux qui faisaient voter les plébiscites.

LE POUVOIR EXÉCUTIF

Chez les Athéniens, le pouvoir exécutif était assuré par la boulè. Elle se composait de 500 citoyens de plus de 30 ans. Ils étaient tirés au sort et étaient là pour seulement une prytanie. Ils ne pouvaient revenir qu’une seule autre fois dans leur vie. Les citoyens qui en faisaient partie devaient préparer les séances de l’assemblée, surveiller les magistrats et l’application des lois. Ils s’occupaient aussi de l’administration et de la justice.

Pour ce qui était de la République romaine, il y avait le sénat. Celui-ci s’est ouvert avec le temps aux riches de la plèbe. Ceux-ci, contrairement aux Athéniens, étaient d’anciens magistrats qui étaient élus pour la vie. Ils avaient le pouvoir de sanctionner ou valider une loi. Ils pouvaient suspendre les activités des consuls pour les dictateurs. Ils avaient un pouvoir financier, religieux et sur la politique externe. Cependant, ils n’avaient pas de pouvoir législatif. Les sénateurs avaient plus de pouvoir que ceux qui étaient dans la boulè dans la démocratie athénienne.

En plus de tout cela, Athènes avait un tribunal nommé héliée. Elle se composait de 6000 citoyens tirés au sort et qui avaient plus de 30 ans. L’héliée jugeait les affaires envoyées par les magistrats, la boulè et l’ecclésia. Ils furent les premiers à recevoir la misthos. "C’est vers le milieu du Ve siècle que commence la misthophorie, rétribution des fonctions publiques destinée à compenser la perte d’une journée de travail"5. Elle avait aussi une souveraineté totale et pouvait casser une décision de l’ecclésia. Ce dernier point ressemble un peu au sénat romain au temps de la république. L’héliée était donc une composante différente de la démocratie athénienne.

CONCLUSION

Pour terminer, on peut dire qu’il y avait beaucoup de ressemblances entre la démocratie athénienne et la République romaine. Ces ressemblances se situaient surtout au niveau des magistratures. Cependant, il y avait des différences au niveau des assemblées. Le système romain était plus aristocratique. Les Romains n’étaient pas payés pour participer à la vie politique, contrairement aux Athéniens. En conclusion, on peut dire que les deux systèmes avaient beaucoup de points en commun. En cherchant plus en profondeur, il est certain que l’on pourrait trouver plus de ressemblances.



Bibliographie

AMOURETTI Marie-Claire et Françoise RAZÉ. Le monde grec antique, Paris,

Hachette, 1990, 320 p.

BRÛLÉ, Pierre. "Les cités :les concepts fondamentaux de la vie politique", Pierre

Briand et al., Le monde grec aux temps classiques t.1 Le Ve siècle , Paris, P.U.F. (coll. Nouvelle Clio), 1995, p.133-142.

HILGEMANN, Werner et Hermann KINDER. Atlas historique. Des origines de

l’humanité à nos jours, Paris, Librairie Académique Perrin 1997 (1968), 668 p.

LANÇON, Bertrand. L’État romain : quatorze siècles de modèles politiques, Paris,

Nathan, 1995, (Coll. 128), p.40-47.

ROUGÉ, Jean. Les institutions romaines, Paris, Armand Colin Éditeur, 1991 (1969),

252 p.