Gladiateur : le mythe et la réalité

Par Yves Pepin

I – INTRODUCTION

Au mois de mai 2000, le film Gladiateur de Ridley Scott est sorti dans les salles de cinéma. Ce film porte en grande partie sur les combats de gladiateurs, les batailles des troupes romaines et emploie des personnages qui ont vraiment existé à l’époque de l’Empire romain. Après la première vision, une question se pose : cette œuvre cinématographique est-elle représentative de la réalité de l’époque? Cette question sera répondue dans ce travail en analysant la vie de l’empereur Commode et les combats de gladiateurs.

II – COMMODE

Pour débuter, la première chose que l’on peut voir de Commode au début du film est qu’il est un homme paresseux et qu’il a besoin d’être traîné par des esclaves quand il veut se rendre à un endroit. On le voit par la suite assassiner son père, l’empereur Marc Aurèle, pour pouvoir prendre la succession de ce dernier avant qu’il la remette au général Maximus. On le voit étouffer l’empereur. Après cela, il commande l’exécution du général Maximus pour l’empêcher de prendre le pouvoir à sa place. Par la suite, il retourne à Rome et reçoit tous les honneurs et la gloire pour les actes que son père a posés. Il organise ensuite des jeux en l’honneur des victoires de Germanie. Plus le film avance, plus on voit l’empereur Commode quitter la réalité. Il devient de plus en plus mégalomane, paresseux, méchant et surtout cruel. Il commence à voir partout des complots contre lui et fait assassiner tout ceux qui sont susceptibles de s’opposer à lui. On apprend aussi que cet empereur est amoureux de sa sœur Lucille et veut faire un enfant avec elle pour faire un être supérieur. On commence à voir de plus en plus sa faiblesse d’esprit qui résulte selon lui du manque de son père dans sa vie. À la fin du film, on aperçoit qu’il monte dans l’arène pour combattre contre l’ancien général Maximus et qu’il se fait tuer par ce dernier. On peut aussi voir que la garde prétorienne laisse le corps de Commode dans l’arène en signe de mépris.

Pour ce qui est de la réalité, elle fut assez semblable sur beaucoup de points. Tout d’abord, pour ce qui est de la mort de son père, Commode ne l’aurait pas assassiné. "Le 17 mars 180, Marc Aurèle mourut à Vindobona (Vienne), soit de la peste, soit d’épuisement"1. Après la mort de son père, Commode qui était sur place lors du décès prit alors le contrôle de l’Empire romain sans difficulté. Dès qu’il eut le pouvoir, le nouvel empereur se pressa de signer un accord avec les peuples germaniques contre lesquels son père se battait. Il s’empressa ensuite de retourner à Rome où il fut accueillit en héros.

Dès son arrivée, il fit organiser une série de jeux qui s’échelonnèrent réellement sur plusieurs jours pour célébrer les dernières victoires de l’armée romaine. Dès lors, Commode commença à se désintéresser de l’œuvre de son père. Les gens commençaient à voir en lui plusieurs défauts qu’ont enfants qui ont connu une vie trop faste. Il était paresseux, il se débauchait, il était cruel et commençait à se prendre pour un dieu. Dès lors, sa sœur commença à magouiller dans son dos pour se débarrasser de lui. Son mari, le général Quintus Pompeianus tenta de le poignarder mais cette tentative échoua. À partir de 182 jusqu’en 185, Commode prit le réel contrôle de l’Empire. Il commençait à être de plus en plus détesté du Sénat. C’est aussi à partir de ce moment que l’empereur commença à faire exécuter beaucoup de gens qu’il croyait être ses opposants. Il voyait des ennemis partout.

Plus le temps avançait, plus Commode dépensait de l’argent pour les jeux et ses extravagances. On commençait à voir les signes d’une crise économique à travers l’Empire. Il augmenta alors les soldes pour éviter les révoltes de l’armée. Il devenait de plus en plus autoritaire envers les colons en leur imposant des corvées. Commode commençait de plus en plus à être atteint d’une folie mystique. Il s’identifiait comme étant la réincarnation d’Hercule. Il créa alors un culte en son honneur. Sa folie le fit monter dans l’arène pour combattre contre des gladiateurs et des fauves. Cet acte indigna beaucoup son peuple. Selon les gens, le métier de gladiateur était réservé uniquement à une catégorie d’hommes à laquelle n’appartenait pas l’empereur. Pour ce qui est des femmes, il aurait eu beaucoup de maîtresses et on ne fait mention aucunement qu’il aurait été amoureux de sa sœur. Commode mourut le 31 décembre 192, étranglé par son entraîneur dans son bain après une tentative d’empoisonnement par sa maîtresse favorite. "Ce dernier complot est commandité par trois de ses futures victimes, les deux consuls désignés pour le 1er janvier 193, dont il veut couper la tête, et Marcia, sa maîtresse favorite"2. La mort de cet empereur marqua la fin de la dynastie des Antonins, la fin de la Pax Romana et ouvrit une période de crise économique.

III – LES GLADIATEURS

Un des aspects prédominants du film et sur lequel on ne peut passer par dessus, ce sont les gladiateurs eux-mêmes. Un des premiers aspects que l’on peut voir dans ce film à propos des gladiateurs est le fait que ce sont des esclaves. On peut aussi remarquer qu’il y en a plusieurs types. Il y a des combats qui se font avec des gladiateurs enchaînés entre-eux. Il y a ceux qui ont un filet et une lance, ceux qui ont une fourche, ceux qui ont un javelot et finalement ceux qui se battent à l’épée. Ils sont utilisés pour empêcher la foule de se révolter. Les gens voulaient du pain et des jeux. On peut voir qu’il y a aussi des entraîneurs pour les gladiateurs. Ces combattants de l’arène proviennent de partout à travers l’Empire romain. On peut y voir dans ce film des Gaulois, des Germains, et des Africains. Durant les fameux combats, on essayait de reproduire les anciennes batailles glorieuses de l’Empire. On peut voir dans le film que l’empereur tente de refaire la bataille entre Carthage et Rome. Cependant l’issue du combat ne tourne pas comme prévu et ce sont ceux qui jouaient le rôle des Carthaginois qui ont gagné. Les gladiateurs gagnants ou ceux qui combattent bien sont acclamés par la foule. On peut aussi voir Commode lever le pouce pour dire qu’il laisse la vie sauve à un combattant qui a perdu. On y aperçoit aussi Maximus qui est confronté à des fauves. Les gros combats qui attirent beaucoup de gens se font en général au Colisée à Rome.

Pour ce qui est de la réalité, elle était assez semblable à ce qu’on peut apercevoir dans le film de Ridley Scott avec quelques petites différences. Ces combats ont débuté durant l’époque de la République romaine. Il y a même eu un certain moment où la mise à mort dans l’arèneétait interdite. Cependant, c’est sous le règne de l’empereur Néron que la mise à mort revient dans les combats. La demande pour ces combats se fera de plus en plus grande. On fera donc construire pour le peuple le Colisée de Rome. Cet amphithéâtre pouvait contenir entre 50 000 et 80 000 spectateurs.

Cependant, les gladiateurs ne sont pas les barbares qu’ils semblaient. Ils étaient soumis à certaines règles qui étaient connues par tous. Il y avait des arbitres qui surveillaient les combats. Ils étaient vêtus de blanc pour être certain de se faire reconnaître. Chez les gladiateurs, il n’y avait pas seulement des esclaves, il y avait aussi des professionnels et des hommes libres. Pour ce qui est des esclaves, il y a des vedettes qui valent beaucoup d’argent et des moins bons qui ne valent presque rien. "À l’amphithéâtre, le spectateur vient pour voir égorger des hommes sur l’arène, mais il veut d’abord assister à une belle passe d’armes"3. Le gladiateur devait donc bien se battre s’il voulait avoir la grâce du public et survivre. Quand il était battu, la fameuse scène du pouce arrivait pour savoir si le combattant allait survivre. "On a estimé que chaque gladiateur risquait une fois sur dix d’être égorgé"4.

L’empereur avait ses propres combattants vedettes qui lui appartenaient mais il ne les risquait pas trop souvent car c’était pour lui une source d’argent. Les gladiateurs, tout comme, dans le film viennent de partout dans l’Empire. Il y a beaucoup d’entre eux qui sont des prisonniers de guerre qui ne sont pas morts sur les champs de bataille. Comme dans le film, on peut voir plusieurs types de combattants. Il y a parmi eux les essédaires qui se composent de deux personnes sur un char et d’autres comme le rétiaire qui utilise un filet et un trident, l’hoplomaque, le belluaire lui doit se battre contre des fauves et plusieurs autres. Dans le film de Ridley Scott, on peut en voir plusieurs d’entre eux. Le héros Maximus est tant qu’à lui un secutor. Certains gladiateurs sont réunis en caserne et ont des entraîneurs. Les combattants sont choisis en règle générale pour leurs qualités sur le plan physique. Certains peuvent retirer des avantages matériels pour être un gladiateur. C’est pour ces avantages que certains hommes s’engagent pour combattre.

Les combats de gladiateurs sont très durs à organiser. Ils peuvent même durer plusieurs jours. Les jeux sont une façon pour l’empereur de montrer toute la puissance de l’empire. C’est aussi une façon d’empêcher la révolte du peuple. Cependant, les combats de gladiateurs suscitaient plusieurs réactions chez les gens. Il y en avait plusieurs qui étaient pour cela. "Les meilleurs intellectuels y voyaient une école de courage"5. Cependant, certaines personnes comme Sénèque étaient contre ses violentes manifestations. Pour ce qui est de la population en général, elle semblait apprécier toute cette violence.

IV – CONCLUSION

Pour terminer, on doit dire que pour la vie de Commode, le film est assez près de la réalité malgré quelques petits détails qui n’ont pas eu lieu comme il est décrit dans le film. On pense entre autre à la mort de l’empereur Commode. Pour ce qui est des combats de gladiateurs, on peut dire qu’ils sont bien faits malgré qu’on insiste pas sur les règles qui existaient. On peut donc affirmer en conclusion que Gladiateur est assez bien représentatif de la situation de l’époque. Cependant, pour en être plus certain, il aurait fallu analyser d’autres points comme la vie de l’empereur Marc Aurèle ou la bataille de Germanie.

 

BIBLIOGRAPHIE

GAILLARD, Jacques. "Un spectacle récupéré par les politiques". Historia, Paris, 643 (2000), p. 60-63.

JERPHAGNON, Lucien. "Les intellos font de la résistance". Historia, Paris, 643 (2000), p. 64-65.

LORIOT, Xavier et BADEL, Christophe. Sources d’histoire romaine : Ier siècle av. J.C./ début du Ve siècle apr. J.C. Larousse, Paris, 1993, 856 p.

PETIT Paul. Histoire générale de l’Empire romain. 2. La crise de l’Empire (161-284). Paris, Éditions du seuil, 1974, 248 p.

SALLES Catherine. "Le triomphe du sport de masse", Historia, Paris, 643 (2000), p. 54-59.

SALLES Catherine. "Au-delà d’un simple péplum", Historia, Paris, 643 (2000), p. 66-68.

SCOTT, Ridley. Gladiateur, Dreamworks Pictures, États-Unis, 2000.

THUILLIER, Jean-Paul. "Les dieux vivants de l’arène", Historia, Paris, 643 (2000),

p. 48-53.

ZOSSO, François et ZINGG, Christian. Les Empereurs romains : 27 av. J.C – 476 av. J.C. Éditions Errance, Paris, 1994. 253 p.


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