Le Principat à Rome durant la Pax Romana

Le Principat à Rome durant la Pax Romana

Par Yves Pepin

Introduction

En 27 av. J.C., le Sénat et Auguste se réunirent et discutèrent à propos du partage des pouvoirs entre les deux camps. Pour Auguste, il n’était pas question d’être déclaré comme étant le roi de Rome. Il accepta un certain compromis et c’est là que débuta ce qu’on appela le principat. Une question se pose : quels étaient les moyens d’intervention du Princeps dans la marche de l’État et les finances? Pour répondre à cela, on traitera de l’administration locale et de provinces et des pouvoirs financiers du Principat.

L’administration locale

Après la séparation des pouvoirs en 27 av. J.C., Auguste débuta à mettre l’administration de toute la Ville sous son pouvoir. Il créa des nouvelles charges qui dépendaient totalement de lui pour enlever des pouvoirs aux anciens magistrats, qui avaient eu leur importance sous la République. Les préfectures étaient des délégations du pouvoir du prince. C’était eux qui le remplaçaient dans les tâches qu’il ne pouvait faire lui-même. Dès 26 av. J.C., Auguste donna la charge de préfet de la Ville à M. Valerius Messalla. Cependant, il l’abandonna quelques jours plus tard. Neuf ans plus tard, cette charge fut de retour mais elle était intermittente. Cette préfecture revenait à l’ordre sénatorial. Son rôle était d’assurer l’ordre à Rome durant l’absence de l’empereur. Il était assisté par d’autres sénateurs qui portaient le titre de curateur. Ces derniers étaient au nombre de quatre. Il y avait la cura viarum qui s’occupait des routes. La cura aquarum entretenait les aqueducs. La cura operum publicorum fut créée à la fin du règne d’Auguste et entretenaient les bâtiments. La dernière curatelle à être créée fut la cura alvei et s’occupait des crues du Tibre. La charge de préfet de la Ville devint permanente sous Tibère et assurait la police de Rome avec trois cohortes.

D’autres préfectures furent créées par Auguste. Cependant, elles étaient réservées à l’ordre équestre. La première apparut vers 6 apr. J.C. et se nommait la préfecture des vigiles. Son but était de lutter contre les incendies. Elle devait aussi jouer un rôle de police à l’intérieur de Rome. Elle avait sous ses ordres des cohortes. Une autre fut créée vers 8 apr. J.C. C’était la préfecture de l’annone. Elle devait ravitailler la Ville pour qu’il n’y ait pas de famine. Ces deux préfectures changèrent très peu durant tout le principat. Une autre charge fut créée à la même époque mais prit de l’importance seulement sous le règne de Tibère. C’était la préfecture du prétoire. Contrairement aux autres, elle n’avait qu’un seul titulaire au premier siècle. Le préfet devait assurer de la sécurité du prince avec l’aide des cohortes prétoriennes. Il était aussi chef de l’état-major et devait préparer les campagnes aux frontières tout en restant auprès de l’empereur. C’était la seconde charge la plus importante après celle du prince. On peut donc dire que les empereurs prirent tout au long du principat la possession du pouvoir avec l’aide de ces préfectures car les préfets ne pouvaient être nommés sans leur accord. Ceci se passait au dépend des anciennes magistratures et du Sénat. Cependant, cette perte de pouvoir ne se fit pas seulement à ce niveau.

L’administration provinciale

Au niveau des provinces, la perte de pouvoir du Sénat se fit dès le début du principat. Le Sénat et Auguste procédèrent le 13 janvier 27 av. J.C. au partage des pouvoirs. L’empire fut divisé en trois. Il y avait les provinces sénatoriales, les provinces impériales et l’Égypte. L’Italie avait un statut particulier car elle n’était pas une province. Les provinces sénatoriales étaient en théorie sous la direction du Sénat romain. Elles étaient une dizaine et comprenaient celles qui étaient les plus anciennes et dociles comme l’Asie, l’Afrique, la Macédoine et la Sicile. Il n’y avait pas de légions dans ces provinces sauf en Afrique où était stationné la IIIe Légion Augusta qui fut retirée par Caligula. Elles étaient gouvernées par des proconsuls qui étaient choisis par le Sénat parmi les anciens consuls ou préteurs. Ils étaient là pendant un an. Ils devaient être sortis de leur charge depuis au moins cinq ans et ils étaient aidés par des questeurs en ce qui concernait les finances. En principe, les impôts allaient dans le Trésor du Sénat. Le prince pouvait exercer dans ces provinces son imperium. Cette organisation resta après la mort d’Auguste. Son nombre augmenta très peu au cours du principat. Malgré cette domination théorique du Sénat, le prince devait d’abord accepter le gouverneur que proposait le Sénat.

Ensuite de cela, il y avait les provinces impériales qui étaient dirigées par le prince. Elles étaient représentées par un légat d’Auguste propréteur. Les provinces qui avaient plus qu’une légion devaient être dirigées par un ancien consul. Ils étaient accompagnés par un procurateur de rang équestre pour gérer les finances. La charge était en fonction de plusieurs années contrairement aux provinces sénatoriales. Les chevaliers pouvaient diriger les plus petites comme la Norique ou la Judée. Son nombre passa de 5 en 27 av. J.C. à 28 sous Domitien à l’aide de fragmentation, d’annexion d’États vassaux et de conquêtes. Il y avait donc un déséquilibre sur le plan territorial parce que le nombre était plus grand et que seule ces provinces avaient des légions. Cela contribuait à hausser le pouvoir des princes. Il y a en dernier lieu le cas de l’Égypte. Elle était à part parce que les empereurs la considéraient comme étant leur domaine privé. Elle était "gouvernée par un préfet de l’ordre équestre choisi par le prince". Aucun sénateur n’avait le droit d’y pénétrer sans avoir eu l’autorisation de l’empereur auparavant. On peut donc dire que les pouvoirs traditionnels étaient aussi à la baisse dans l’administration provinciale.

Les finances

Sur le plan des finances, il y eut là-aussi de grosses pertes de pouvoir pour le Sénat de Rome au profit du pouvoir du prince. Les sénateurs avaient l’aerarium populi qui se composait les revenus de l’Italie et de l’impôt provenant des provinces sénatoriales. Ces caisses étaient confiées depuis 23 av. J.C. à deux préfets nommés par le sénat mais qui agissaient au nom du prince. Pour ce qui était de l’empereur, il multipliait les caisses impériales. De plus, la frappe de la monnaie d’argent et d’or revenait au prince et celle du bronze au Sénat. L’empereur percevait les revenus fiscaux des provinces qui lui étaient réservées. Deux impôts furent créés en 6 apr. J.C. et touchaient les héritages et les ventes aux enchères. Le prince recevait des revenus provenant du patrimonium caesaris, ce qui englobait l’ager publicus, sa fortune privée et l’Égypte. L’Italie étant exempte de l’impôt foncier, le prince devait souvent renflouer l’aererium sénatorial. Claude centralisa toutes les caisses régionales en un fiscus central. Quant à Néron, il confia l’aerarium sénatorial à deux préfets dépendants seulement de lui. Il y avait donc à cette époque une concentration des finances publiques au profit de l’empereur. Sur le plan fiscal, la période après Auguste fut assez calme et sans grandes innovations. On peut donc voir une baisse du pouvoir fiscale du Sénat à l’avantage encore une fois du principat.

Conclusion

Pour terminer, on peut dire que le principat prit beaucoup de pouvoir durant le Ier siècle. Sur le plan de l’administration locale, le prince créa des préfectures pour enlever du pouvoir aux magistrats. Cela lui permit d’augmenter son influence parce que la plupart des préfets devaient leur charge à lui seulement. Pour ce qui était de l’administration provinciale, le prince haussa encore son pouvoir en gardant les provinces dangereuses. Il avait donc l’armée comme appuis. En dernier lieu, le Sénat perdit du pouvoir avec l’aerarium populi qui était souvent vide et qui nécessitait l’aide du prince. Il serait intéressant de voir comment continua cette évolution du pouvoir au cours des siècles qui suivirent.

 

BIBLIOGRAPHIE

BORDET, Marcel. Précis d’histoire romaine. Paris, Armand Colin, 1980 (1969), 327p.

LE GLAY, Marcel. Histoire romaine. Paris, Presses Universitaires de France, 1999 (1991),

587 p.

MARTIN, Jean-Pierre. La Rome ancienne (753 avant J.C./395 après J.C.). Paris, Presses Universitaires de France, 1973, 351 p.