La production de l’argent, au cours du XVIe-XVIIIe siècle, en Nouvelle-Espagne: mise en place de politiques économiques infructueuses

 

Introduction:

La découverte de l’Amérique en 1492, par les Espagnols, amène une nouvelle dimension à la politique espagnole.  Ils prennent possession rapidement des mines de la Nouvelle-Espagne, au début du XVIe siècle, car ils voient bien qu’il y a beaucoup de richesses dans ce secteur.  Dans cette colonie, on extrait de l’or, du cuivre et de l’argent qui devient rapidement le minerai privilégié par l’Espagne.  La Couronne ne peut se permettre d’extraire elle-même le minerai, même si cela était le moyen le plus efficace pour maximiser son profit, parce qu’elle n’a pas les moyens de le faire étant donné l’ampleur de la tâche1.  On instaure donc, à la fin du XVIe siècle, une politique économique qui laisse les mines à des concessionnaires et la Couronne laisse par le fait même une partie des profits entre les mains de ceux-ci.  Mais, tous les intermédiaires qui sont en contact avec le minerai peuvent facilement s’en garder une part, ce qui laisse place à de la fraude.  En quoi le système de politique économique mis en place par l’Espagne, vers la fin du XVIe siècle, a des faiblesses pour que l’Espagne et sa colonie connaissent des problèmes au XVIIe siècle, pour ensuite ne pas être capable d’améliorer la situation malgré les réformes des Bourbons?  Des auteurs étudiés: Bakewell, Martinière et Lynch pensent en général que l’Espagne s’est dotée d’une politique trop complexe et mal soutenue, puisqu’elle ouvre la porte à la fraude. Les auteurs que j’ai étudiés sont plutôt complémentaires avec Martinière et Lynch qui traitent du XVIe siècle, Bakewell avec l’ensemble de ses ouvrages traite des trois siècles qui m’intéressent et Bakewell avec sa synthèse et Brading s’intéressent au XVIIIe siècle, avec les réformes des Bourbons.

 

Effectivement, la politique économique mise en place par l’Espagne, de la fin du XVIe siècle en évolution jusqu’à la fin du XVIIe siècle, par les Habsburgs, et qui concerne l’argent, a pour but l’enrichissement et elle y parviendra, avec les mesures prises à la fin du XVIe siècle.  Elle remarque, assez vite, les faiblesses de sa politique, qui sont très visibles pendant le XVIIe siècle en raison de: problèmes dans la colonie avec la démographie, le mercure, le développement et les produits de luxe; problèmes en Espagne avec l’économie; problèmes avec des intermédiaires. L’Espagne tente de remédier à la situation en modifiant sa politique, ce qui se fait avec les Bourbons, à partir du début XVIIIe siècle, ils essaient de faire des réformes pour augmenter la production des mines et accroître leur profit qui est diminué par la contrebande, mais ils ne parviennent toutefois pas à un résultat concluant.

 

             Ce travail est divisé en trois parties qui sont liées à l’aide d’un fil conducteur. Ce lien est le désir de l’Espagne de mettre en place des outils pendant la période qui nous intéresse, pour qu’elle s’enrichisse avec les mines de la Nouvelle-Espagne.  Ce travail comporte une approche chronologique, puisque les trois parties sont divisées selon le siècle.  De plus, il est thématique, car il y a deux thèmes importants: la politique et l’économie.  Déjà, on instaure une administration en ce qui concerne les mines dès la fin du XVIe siècle.  Ce système est lourd de conséquences pour la Nouvelle-Espagne et les différents acteurs liés à la production de l’argent sont traités, ici, dans le but de voir comment l’Espagne exploite sa colonie.  Cela semble aller très bien au début, mais le système laisse paraître rapidement des problèmes au XVIIe siècle, concernant l’acheminement de l’argent en Espagne.  Il est important de les traiter parce que cela permet d’expliquer la mauvaise direction prise par l’Espagne et pourquoi on veut faire des réformes. C’est pourquoi cela m’amène à parler des futures réformes amorcées par les Bourbons.  Toujours dans un but de profiter au maximum des richesses de la Nouvelle-Espagne, en tenant compte des difficultés grandissantes causées par les premières politiques économiques concernant les mines, l’Espagne apporte des changements, au XVIIIe siècle, dans sa gestion pour augmenter la production de l’argent et par le fait même augmenter ses revenus.  Je traite des réformes des Bourbons, parce que cela me permet d’expliquer pourquoi, pendant le XVIIIe siècle, l’Espagne ne parvient pas à devenir la puissance qu’elle souhaitait devenir en Europe.

 

I. Politiques économiques mises de l’avant par les Habsburgs à la fin du XVIe siècle

            Lorsque la Couronne espagnole voit tout le potentiel que la Nouvelle-Espagne lui offre en ce qui a trait au minerai, elle n’hésite pas à investir du temps et de l’énergie pour espérer ainsi remplir ses coffres du profit qui proviendrait de cette extraction.  Pour ce faire, elle met en place des institutions, à la fin du XVIe siècle.  Il faut considérer ces politiques pour comprendre les problèmes qui viennent au siècle suivant.

 

A.     Les institutions qui sont créées pour maintenir une production efficace de l’argent

La Nouvelle-Espagne est avant tout une colonie d’exploitation.  L’Espagne se sert du mercantilisme comme politique économique, car la croyance veut, à l’époque du XVIe siècle, que la richesse se base sur l’or et l’argent, comme cette dernière est une grande exportatrice de matières premières et de produits finis pendant la période des Habsburgs, elle a besoin de toute cette richesse en minerai, pour payer comptant les marchandises qu’elle achète2. C’est pourquoi, l’Espagne exploite au maximum l’argent, qui va connaître ses meilleurs moments d’exploitation entre 1580 et 16303.  Bien sûr, elle n’est pas seulement intéressée par l’exploitation de l’argent comme minerai, mais aussi l’or et le cuivre, dont l’exploitation de ce dernier ne se fait pas pour sa richesse, mais bien pour son utilité4.  Enfin, son protectionnisme est tel que, entre le XVIe et le XVIIIe siècle, toutes ses colonies ont le droit de produire ce qu’elles veulent, en autant que cela ne concurrence pas les produits importés de Séville5, ce qui limite énormément le choix de production de la Nouvelle-Espagne.

 

            L’Espagne se dote de plusieurs politiques pour lui permettre de s’enrichir avec l’argent et on commence par accorder des concessions minières, afin d’exploiter les mines.  Ce système, qui se généralise à partir de 1570, est une façon que la Couronne trouve pour exploiter les mines sans le faire elle-même.  En effet, ce sont des personnes qui se voient accorder une concession perpétuelle, on les appel mineros; par contre la propriété des mines appartient toujours à la Couronne6.  Ce système permet aux mineros d’avoir une main-d’œuvre qui ne coûte pas cher et on verra le fonctionnement ultérieurement.  Une fois que le minerai est extrait, des marchands espagnols, qui ont le monopole de l’exportation et de la commercialisation de cette production en Europe, acheminent l’argent jusqu’en Espagne.  Ces marchands augmentent de plus leur profit, car ils limitent les convois pour créer une rareté des produits.  En fait, les mineros reçoivent des produits dont ils ont besoins avec l’aide des marchands de Nouvelle-Espagne qui eux s’enrichissent, car ils se font payer avec des métaux précieux. 

 

            Pour exercer son pouvoir en Nouvelle-Espagne, que le pape Alexandre VI lui accorde, le monarque espagnol met en place un certain nombre d’institutions.  Tout d’abord, on installe le Conseil des Indes, qui a pour mandat de préparer des lois et ordonnances en ce qui concerne le Nouveau Monde, de légiférer les ordonnances du roi, de proposer la nomination de fonctionnaires coloniaux et de juger en tant que Haute cour de justice7.  Il est en plus l’organe politique qui s’occupe de la Casa de Contratacion, dont le rôle est de faire le pont entre la colonie et la métropole et a son siège à Séville.  C’est donc un élément essentiel dans les rapports de la Mère-patrie avec sa colonie8.  En effet, ce système fait en sorte que le port de Séville a le monopole des échanges commerciaux avec la colonie, à partir du XVIe siècle.  Tous les navires en partance ou en provenance d’une colonie quelconque doivent obligatoirement se rendre ou partir de Séville, ce qui donne un pouvoir très intéressant à ce port. 

 

            Pour la Nouvelle-Espagne, on met un représentant du roi, pour s’assurer du bon fonctionnement de l’opération, qui consiste à la maximisation du profit dans cette colonie d’exploitation.  La personne qui a ce mandat et plus particulièrement en ce qui concerne l’argent, est le vice-roi Martin Enriquez, en 15689.  L’effort du vice-roi pour aider la production se fait sentir, comme en témoigne le fait que les meilleurs moments de la production surviennent à la fin du XVIe siècle.  Aussi, ce vice-roi et les suivants amènent avec eux le savoir-faire des Européens, dont le procédé d’amalgamation, qui consiste à purifier l’argent à l’aide du mercure, dont la Couronne a le monopole10.

 

            Dans tout ça, la Couronne taxe les bénéfices de l’exploitation, avec un taux de un cinquième, c’est ce qu’on appel le quinto11.  En fait, la Couronne garde tout de même le privilège des droits des terres et des sous-sols, mais laisse libre cours à toutes les étapes de la production de l’argent.  Jusqu’à l’arrivée de l’argent au port de Séville et à sa commercialisation, elle ne fait que taxer. C’est parce qu’elle n’a pas les moyens, à cette époque, d’extraire elle-même le minerai, qu’elle procède ainsi.  Son laisser-aller dans les étapes de l’acheminement de l’argent en Espagne coûte cher; puisque des mineurs qui extraient l’argent jusqu’aux marchands en Espagne qui écoulent la marchandise, pratiquement la fraude qui résulte de ce système est à grande échelle.

 

B. Les conditions de travail imposées par l’Espagne dans la colonie en accord avec ses politiques économiques

                Les Espagnols ont trouvé comme moyen pour faire travailler les Indiens dans les mines, une forme d’exploitation qui ressemble beaucoup à l’esclavage.  Bien qu’au début du XVIe siècle, les Espagnols utilisent l’esclavage pour faire travailler les Indiens, ce système n’est plus utilisé à partir de l’époque qui nous intéresse.  Mais il est clair que les Indiens sont quand même obligés de travailler, dans un système qu’on appel repartimiento, qui dure jusqu’à 163212. En effet, les concessionnaires ont des villages à proximité des mines qui ne leur appartiennent pas et dont les chefs des villages doivent fournir un certain nombre de personnes pour travailler dans les mines13, dans l’intérêt de la Couronne.  Quand même, certains mineurs indiens sont payés à l’époque, surtout dans les endroits où la population est moins nombreuse14.  Seulement, les Indiens, en général, sont surtout exploités, car ils sont une main-d’œuvre qui coûte presque rien.

 

                Le sort des mineurs est assez difficile et ce jusqu’à la période des Bourbons.  Ils doivent souvent travailler dans des conditions inconfortables et dangereuses, de plus on récompense les plus habiles en leur donnant les tâches les plus risquées15.  Ils doivent s’attendre à être transférés à tout moment, car les mines peuvent s’épuiser16.  Les Indiens doivent aussi faire face à de nouvelles habitudes, car il y a plein de nouvelles villes qui se créent pour fournir la main-d’œuvre nécessaire aux mines17.  À court terme, ces conditions de vie ne vont pas créer de problèmes, mais plus tard au XVIIIe siècle, on va considérer cet aspect comme important dans l’instauration de réformes, qui vise l’augmentation de la production.

 

            Les institutions mises en place par les Espagnols à la fin du XVIe siècle, sont une première phase d’un système pour exploiter à fond leur colonie de la Nouvelle-Espagne.  Ce système est portant très lourd et ses lacunes sont très grandes, l’Espagne passe d’un État en santé, à celui de malade, à cause de tous les problèmes du XVIIe siècle.

 

II. Le XVIIe siècle, les problèmes causés par la mise en place des institutions du siècle précédent sont criants

            On voit que les Habsburgs, en ne pouvant pas exploiter eux-mêmes les mines de la Nouvelle-Espagne, ont mis en place un système complexe, dans le siècle précédent.  Dont le but est l’enrichissement, mais ils laissent trop de place à des intermédiaires, ce qui est dangereux.  Il devient de plus en plus évident, au XVIIe siècle, qu’il y a des lacunes dans les institutions qui mettent en péril l’avenir de l’Espagne.

 

A. La contrebande de l’Amérique à l’Espagne

            L’Espagne n’est pas le seul pays européen à s’intéresser grandement aux métaux précieux de l’Amérique et beaucoup de ces pays veulent mettre la main sur une partie de cette richesse.  Les plus intéressés par le commerce sont les Anglais, les Français et les Hollandais.  De plus, le monopole de Séville crée des problèmes, parce que l’Espagne n’arrive plus à armer, dès le début du XVIIe siècle, assez de navires pour constituer une flotte adéquate18 et ces pays en profitent pour faire du commerce de contrebande.  Les Anglais sont un problème encore plus complexe pour l’Espagne, car ils ne font pas seulement de la contrebande, mais ils s’attaquent directement aux routes commerciales espagnoles, à partir de 158519, et encore pendant le XVIIe siècle.  Ce qui veut dire que la Couronne perd énormément de profit suite à ces attaques et contrebande.

 

            Les Habsburgs s’aperçoivent qu’ils ne perçoivent pas complètement le revenu dont ils devraient avoir et que la cause est la fraude.  Les problèmes commencent avec les mineurs de la Nouvelle-Espagne, car les mineurs paient souvent les marchands avec l’argent pour avoir des produits, mais le minerai n’est pas encore frappé20, ce qui veut dire que la Couronne ne reçoit pas sa part du profit.  De plus, les mineurs ont un droit acquis de payer le dixième des profits au lieu du cinquième, comme les autres; le problème, c’est que les concessionnaires abusent, car ils prétendent que l’argent qu’ils viennent faire taxer provient des mineurs.  Ils fraudent donc les taxes qu’ils doivent, car ils payent le dixième au lieu du cinquième.  Aussi, les marchands qui sont souvent payés avec l’argent, se présentent pour se faire taxer, mais les trésoriers n’ont aucune façon de voir si le minerai est extrait d’un mineur ou d’un concessionnaire21, ce qui veut dire qu’eux aussi payent le dixième au lieu de payer le cinquième, car ils prétendent sans difficulté que le minerai vient d’un mineur.  Les métaux qui ne sont pas marqués, les marchands les vendent tout simplement aux marchands des autres pays européens.  Tout ce phénomène de fraude en Nouvelle-Espagne commence très tôt à la fin du XVIe siècle, mais le problème est largement répandu durant le siècle suivant. 

 

B. La Nouvelle-Espagne étouffée par la Mère patrie

            Il faut savoir que la production connaît des ratés pendant le XVIIe siècle, mais pas uniquement à cause de politiques économiques.  En effet, il y a un grave problème démographique au sein de la colonie et ce à cause de l’arrivée des Européens.  La population indienne est de 1,07 millions en 1605, alors qu’elle était de 25 millions en 151922, la décroissance est catastrophique.  En dépit de la dépopulation, les Indiens demeurent actifs et assurent un certain surplus; le problème vient du fait que la trop faible population oblige l’Espagne à cibler la production, surtout dans les mines, et cela empêche un développement économique important.  On considère, à l’époque, que la baisse de la production à partir de 1631 est due essentiellement au manque de main-d’œuvre, causé par la dépopulation23.  Aussi, les épidémies, vers 1670, frappent durement la population24.  À partir de 1660-1670, l’Espagne favorise la reprise de la natalité en mélangeant les Indiens avec la population noire et européenne25, ce qui effectivement va permettre un essor démographique.

 

Le monopole de la distribution du mercure procure beaucoup d’argent à la Couronne, mais la production de l’argent en souffre, à cause du prix trop élevé et de sa rareté. Les mineurs ont présenté une pétition, vers 1650, pour montrer que la faible production vient en partie de la difficulté d’obtenir adéquatement du mercure en quantité suffisante26.  De plus, le prix du mercure est à 113 pesos en 1590 et après de fortes pressions, la Couronne décide en 1627 de baisser le prix à 82,5 pesos27.  Les prix vont remonter légèrement avant la fin du XVIIe siècle, mais on constate chez le gouvernement, que le prix élevé du mercure joue un rôle sur la productivité de l’argent.  Aussi, on explique, vers 1640, que la baisse de la production d’argent vient du fait que les besoins en mercure ne sont pas comblés, mais à partir de 1651 la Nouvelle Espagne commence à recevoir un peu plus de mercure28.

 

            Le développement dans la colonie, qui est plutôt faible, est un facteur important de la récession de l’Espagne, vers 165029.  Le manque de développement se traduit par peu d’innovations et cela veut dire que les conditions de travail pour les mineurs ne s’améliorent pas, pas plus que la production30.  En fait, l’échange interne et le peu d’industrialisations dans la colonie sont possibles uniquement à cause du minerai et de l’agriculture.  De plus, la Nouvelle-Espagne n’est pas devenue juste une société agraire ou féodale avec des investissements principalement dirigés dans l’agriculture, car l’existence de la production minière, fait que le développement est un peu plus diversifié31, toutefois le développement n’est pas si important.  Enfin, les mineurs qui sont essentiels pour une économie en santé s’endettent vers la fin du XVIIe siècle, aussi la fermeture de mines étouffe économiquement les villes minières32.  Avec peu d’investissements, la colonie ne peut progresser économiquement, c’est donc normal qu’il y ait un ralentissement économique au cours du XVIIe siècle.

 

            Le problème de la consommation de produits de luxe aussi est un frein à la productivité dans la colonie.  L’aristocratie foncière et la bourgeoisie créole veulent combler leur besoin en produits de luxe et le coût social est tel qu’il bloque tout processus de développement dans la colonie33.  Par contre, ce facteur est moins important que les autres, car la Mère patrie doit en premier lieu investir dans la colonie, à cette époque, et non pas cette bourgeoisie.

 

C. L’Espagne atteinte négativement par les richesses de l’Amérique

            L’Espagne connaît des problèmes importants en ce qui concerne ses finances.  Le premier septembre 1575, la Couronne déclare faillite, en raison de l’énorme dette de l’ancien monarque et celle du présent monarque, amènent des répercussions très importantes34.  La production est à la baisse en Espagne et elle traverse une crise difficile, vers 1600.  Par contre, l’exportation minière, permet de s’en sortir, même si les habitants en Espagne finissent même par maudire les richesses des colonies, car l’on pensait que si les revenus des gens riches avaient tellement augmenté et qu’ils vivaient dans l’opulence, la misère des pauvres avait aussi augmenté de sorte qu’ils mouraient de faim35.  Mais même si l’exportation continue d’aller bien au début du XVIIe siècle et ce avant les problèmes qui caractérisent ce siècle, l’échange commercial est à sens unique et l’Espagne délaisse un peu la Nouvelle-Espagne à elle-même, car elle n’investit presque pas dans sa colonie.  Aussi, la crise du XVIIe siècle est avant tout une crise espagnole, parce que le déclin catastrophique de l’importation d’argent est surtout voyant en Espagne36, car les mines de la Nouvelle-Espagne produisent beaucoup plus que ce que les Espagnols importent vers Séville, à cause que les Espagnols n’ont pas les ressources suffisantes pour ramener les cargaisons d’argent.

 

            Comme une crise ne vient jamais seule, l’Espagne connaît aussi, à partir de la fin du XVIe siècle et pendant le XVIIe siècle, un grave problème inflationniste.  La cause de cette inflation est l’importation massive des métaux précieux de l’Amérique, car elle amène une forte richesse et le prix des produits augmente beaucoup à cause de ça.  Seulement, le gouvernement espagnol ne comprend pas la connexion entre l’afflux de métaux précieux et l’inflation37, alors il reste inactif devant ce problème et la situation s’aggrave avec le temps.

 

            Il faut comprendre aussi, que le déclin de l’Empire espagnol est aussi attribuable à ses mauvaises décisions économiques et pas uniquement à cause de crises ou de phénomènes naturels.  L’Espagne est, avec l’afflux de capitaux provenant des Amériques, en bonne position pour devenir la puissance industrielle de l’Europe au XVIIe siècle, mais elle n’investit jamais dans ce but et se fait devancer par l’Angleterre, la France et la Hollande38.  Avec ses politiques économiques, l’Espagne prépare sa propre perte, puisque sans une industrialisation, elle ne peut pas supporter le poids de plus en plus lourd de ses colonies39 qui commencent à coûter très cher à l’État, elle préfère dépenser son argent dans des campagnes militaires.  La montée des autres pays européens n’est donc pas vraiment l’explication du ralentissement de l’essor espagnol dans le monde, mais c’est son inertie. 

 

            Les nombreux problèmes qui caractérisent le XVIIe siècle, sont très sérieux et l’État espagnol est plutôt inactif devant ça, parce qu’à part la fraude, il ne comprend pas ou comprend tardivement le phénomène de crise qui sévit dans la colonie et dans son pays.  Des réformes beaucoup plus importantes étaient nécessaires, afin de les remettre sur pied et mettre fin à la crise.

 

III. Une nouvelle ère commence avec l’arrivé des Bourbons au début du XVIIIe siècle

            Après les temps difficiles que connaît la Nouvelle-Espagne, une lueur d’espoir se pointe à l’horizon avec l’arrivée des Bourbons au pouvoir.  Voyant les problèmes qui font dépérir l’Empire espagnol, ils tentent de faire des réformes au cours du XVIIIe siècle.  Mais la tâche, dont ils veulent s’occuper, est loin d’être facile.

 

A.     Réformes instaurées en Espagne pour reprendre adéquatement le contrôle du commerce dans sa colonie

Les Bourbons tentent du mieux qu’ils peuvent de mettre fin aux problèmes du XVIIe siècle et pour ce faire, ils font certaines réformes.  On veut reprendre le contrôle de la route commercial transatlantique, mais il y a deux problèmes: l’énorme quantité de produits qui arrivent par contrebande et les exemptions légales en taxe accordées aux marchands, qui privent la Couronne de revenus intéressants.  Aussi, la prédominance anglaise sur l’océan, même dans les voies maritimes officielles de l’Espagne40. 

 

Tout d’abord, la Couronne se met à créer des compagnies de commerce à monopole qui sont exemptées de la règle de traversée en convoi41, règle de la Casa de Contratacion, afin d’arrêter la fraude exercée par les marchands espagnols.  Aussi, on veut moderniser la marine et se doter de lois, vers 1720, afin d’arrêter la contrebande et enregistrer les bateaux qui partent en Amérique42.  Enfin, on ajoute un troisième vice-roi, vers 1718-1719, en Nouvelle-Grenade, pour stabiliser la région et arrêter les contrebandiers, mais cela est un échec43.  Ces réformes aident un peu à ravoir le contrôle des routes commerciales, mais certaines ne fonctionnent pas, en fait la Couronne ne réussit pas à déloger l’Angleterre.

 

B. Les réformes dans la colonie visant à l’amélioration de la production

            Les Bourbons mettent en place de petites mesures qui visent l’amélioration de la production en Nouvelle-Espagne.  Cette dynastie commence par assister mieux la production et améliore le sort des mineurs, pour qu’ils soient heureux et travaillent donc mieux.  Vers le milieu du XVIIIe, on améliore les conditions de vie des mineurs en leur donnant un bon salaire, même que souvent ils migrent, eux-mêmes, dans d’autres villes afin d’obtenir mieux44.  Au début du XVIIIe siècle, on apporte plus de mercure pour l’amalgamation de l’argent et cela contribue à augmenter la production45.  Enfin, vers 1740, on essaie d’industrialiser l’Espagne et la Nouvelle-Espagne, mais il n’y a aucun résultat concluant venant de cette initiative46, car on n’est pas préparé, à ces endroits, au phénomène industriel de l’époque.  À part l’amélioration du sort des mineurs qui est une réussite, le reste de leurs réformes dans la colonie sont plutôt des échecs et les Bourbons ne réussissent pas dans le futur à tenir la Nouvelle-Espagne dans leur giron.  Elle devient une colonie trop coûteuse pour les moyens de l’Espagne.

 

Conclusion

            Les Habsburgs veulent, à la fin du XVIe siècle mettre en place un système économique leur permettant de remplir leurs coffres des richesses de l’Amérique.  Leur système repose essentiellement sur un principe, qui est de laisser le soin à d’autres d’extraire le minerai et simplement taxer le profit engendré par les concessionnaires qui ont ce droit.  La population indienne est asservie par les colons pour aller extraire ce minerai et a des conditions de travail difficiles.  À cause d’un système trop compliqué à gérer et de phénomènes naturels, la rentabilité de la production en Nouvelle-Espagne diminue, au XVIIe siècle. En effet, le reste de l’Europe est très attiré par les richesses naturelles de l’Amérique et essaye de s’en procurer sans le consentement de l’Espagne.  Aussi, la colonie a, en même temps, pleins de problèmes concernant: la démographie qui est très inquiétante, le mercure qui ralentit la production, le manque d’investissements et les produits de luxe qui nuisent à son essor.  Les problèmes financiers de la Couronne ne sont pas non plus étrangers aux difficultés de l’Espagne, avec la faillite, l’inflation et mauvaises décisions économiques.  Lorsque les Bourbons arrivent au pouvoir, au XVIIIe siècle, ils vont tenter de remettre de l’ordre dans l’économie et font quelques réformes en ce sens. Seulement, malgré quelques réussites, leur effort ne se traduit pas par l’objectif souhaité.

 

            La politique économique mise en place par les Habsburgs comporte d’énormes défauts. C’est pourquoi on voit beaucoup de problèmes au XVIIe siècle et malgré des efforts louables des Bourbons, l’Espagne ne se relève pas des problèmes auxquels elle fait face à partir de ce siècle.

 

            Étant donné l’échec des Bourbons à remettre sur pied l’Empire espagnol et qui ne peut rivaliser avec les Anglais, Français et Hollandais. Il serait intéressant d’étudier l’éclatement du contrôle espagnol en Nouvelle-Espagne et voir qui par la suite profite de cet effondrement et de quelle manière.